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vendredi, décembre 9, 2022

L’insécurité en Haïti: une crise multidimensionnelle et multigénérationnelle



L’insécurité en Haïti: une crise multidimensionnelle et multigénérationnelle
Par Mondy Hetchievery TOUSSAINT,
Étudiant en Psychologie à la Faculté d’Ethnologie à l’UEH, étudiant à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université Quisqueya (UNIQ)


Depuis plus de trois décennies, la première république noire indépendante n’a pas cessé de faire la une des journaux/radios/ télévisions internationaux etc. Ceci dit, pas dans le bon sens. S’il faut répertorier le nombre d’inepties qui se sont produites dans le pays ces 30 dernières années au bout d’un moment on perdrait le compte. Cela n’a rien d’étonnant, c’est un fait, vous le saviez sans doute déjà parce qu’il suffit simplement de taper le mot “Haïti” sur internet pour perdre l’envie de venir visiter ce pays si vous n’êtes pas de nationalité Haïtienne.

Selon les résultats des dernières recherches que l’« Enquête nationale sur les préoccupations de la population et ses perceptions des valeurs et des institutions de la démocratie » menée par l’Observatoire Citoyen pour l’Institutionnalisation de la Démocratie (OCID), en partenariat avec le National Democratic Institute (NDI), l’USAID, viennent de rendre publics quatre-vingt-deux pourcent (82%) des haïtiens veulant laisser le pays. Ces chiffres ont été présentés à l’hôtel Karibe en présence des représentants de partis politiques, de parlementaires, d’acteurs de la société civile, jeudi 27 janvier 2021 [1]. Ce résultat alarmant est la résultante de beaucoup de facteurs internes et externes liés au pays. Dans le cadre de cet article, nous n’allons pas nous intéresser à la totalité de cesdits facteurs, qui, pour simplement les énumérer prendraient la taille d’un livre à plusieurs tomes. De ce fait, pour circonscrire, nous allons nous intéresser à l’insécurité qui est comme un fléau qui touche la totalité de la population haïtienne.

Vers une brève définition de l’insécurité

De manière générale, l’insécurité est l’absence de sécurité qui, elle-même, peut se révéler être d’une extrême importance dans la croissance et le développement de chaque individu dans une communauté donnée. Elle est l’absence de danger, c’est-à-dire une situation dans laquelle quelqu’un (ou quelque chose) n’est pas exposé à des évènements critiques ou à des risques (défaillance, accident, détérioration, agression physique, vol..).

[2] l’insécurité comme phénomène social a pris plusieurs dimensions en Haïti. Parmi d’autres, on peut citer : l’insécurité sociale, économique, politique, alimentaire etc. Les échecs sont tellement flagrants qu’il ne faut même pas être expert dans des sciences comme l’économie, le droit, la sociologie pour les remarquer. Quelles en sont les causes ? Cette crise est aussi multigénérationnelle car elle touche plusieurs générations d’hommes et de femmes haïtiennes.

L’entrée Sud de la capitale où des individus armés imposent toujours leurs lois


Les rares enquêtes qui sont menées sur le territoire haïtien donnent des résultats qui s’avèrent être encore pires les uns que les autres sur la situation dans laquelle vit la population. L’insécurité en Haïti, une crise multidimensionnelle. Vous vous posez surement des questions comme : “Que fait le gouvernement face à cette situation ? Où est l’État dans tout ça ?”. Si l’on se réfère à la définition du contractualisme ayant pour principaux défenseurs des penseurs comme : (Rousseau, Hobbes, Locke), l’Etat serait le garant de la bonne marche de la société. Ainsi, par le contact social les individus accepteraient de céder une partie de leur liberté dans le seul but de garantir la paix pour tous dans la société. C’est ce que Hobbes appelle sortir de “l’état de nature” qu’il définit comme : « bellum omnium contra omnes » [3], c’est-à-dire une guerre de chacun contre tous.

L’état actuel de la situation en Haïti nous amène à croire que la définition qui conviendrait le mieux à l’État serait celle du penseur Allemand Karl MARX. Selon l’analyse marxiste, la classe dominante organise la société en protégeant du mieux possible ses privilèges. Pour cela, elle instaure l’État [4]. En outre, pour celui-ci, cette institution serait au service de la classe dominante. S’il est vrai que l’insécurité en Haïti touche toutes les catégories de la population haïtienne, il est aussi vrai qu’elle ne les touche pas à la même dimension.
Tout d’abord, regardons la dimension criminelle de l’insécurité. Les gangs armés se multiplient partout à travers le pays. 76 gangs armés sont répertoriés dans le pays selon la Commission Nationale de Désarmement de Démobilisation et de Réinsertion (CNDDR) [5]. Avec ce chiffre Haïti détient l’un des taux de banditisme les plus élevés dans la région caribéenne.

L’insécurité alimentaire, une autre dimension de la crise haïtienne

Une autre dimension de cette crise dans ce pays est l’insécurité alimentaire.Le pays reçoit de nombreuses aides financières chaque année. Ces aides sont investies dans des domaines divers tels que l’éducation, la santé, surtout dans l’alimentation par qu’ au fait il y a toujours une grande partie de ces fonds qui sont liés à l’alimentation.

Pourquoi est-ce qu’une bonne partie de la population reste sous-alimentée malgré tout ce que le pays en reçoit annuellement ? C’est surement à cause de la corruption qui bat son plein dans le pays. Néanmoins, l’alimentation reste et demeure l’un des problèmes les plus urgents à résoudre dans ce pays qui était alimentairement autosuffisant à près de 81,9 % jusqu’au début des années 80. Cependant, à partir de 1981, en raison de la mise en place d’un « Plan d’ajustement structurel et de libération des échanges, marqué notamment par l’élimination des barrières tarifaires et non tarifaires et l’ouverture du marché haïtien aux produits agricoles, le pays a perdu progressivement une grande partie de son autonomie » (CNSA, 2011), l’application de ce plan d’ajustement structurel, sans la mise en place de mesures préalables de renforcement de la compétitivité du secteur agricole, s’est révélée particulièrement néfaste pour des filières comme le riz, la canne à sucre, l’élevage, etc. [6] Selon ce rapport publié en 2011, Haïti aurait la capacite de s’auto-suffire si l’agriculture était considérée à sa juste valeur. Mais pourquoi est-ce que cela tarde encore ? Où est le problème ? En plus de ce qu’on peut observer à l’œil nu, les chiffres sont accablants. 4 millions d’haitien-ne-s se trouvaient en situation d’insécurité alimentaire entre août 2020 et février 2021 selon les enquêtes menées par le Programme Alimentaire Mondiale (PAM) [7]. Que faut-il de plus pour que ceux qui sont en position et qui détiennent le pouvoir de remédier à cette situation le fassent enfin ? On va s’en remettre à l’avenir pour le savoir mais pour l’instant rien ne semble indiquer qu’ils vont agir différemment pour le bien de cette grande nation.

Dimension sanitaire de l’insécurité en Haïti

Une autre dimension de l’insécurité en Haïti est la dimension sanitaire. Pour éviter toute confusion, il faut tout de suite mentionner que dans le cadre de cet article la crise sanitaire n’est pas synonyme de la crise humanitaire mondiale (covid-19). Car, la crise sanitaire en Haïti avait commencé bien avant cela. La surfacturation des services de santé, le manque d’hôpitaux, le manque de personnel dans le domaine de la santé sont entre autres quelques facteurs causant la dimension sanitaire de l’insécurité en Haïti. Selon la banque mondiale Haïti possède de nombreux hôpitaux sous-équipés, mais seulement 0,3 dispensaires pour 10 000 personnes [8].

L’insécurité en Haïti comme crise multigénérationnelle

Sous-commissariat de Martissant impacté de projectiles



L’insécurité en Haïti est une crise multigénérationnelle. En fait, parler de génération revient à considérer dans certains cas l’écart d’âge entre plusieurs personnes. En moyenne cet écart est de vingt-cinq (25) ans. [9] Nous sommes aujourd’hui en mesure de parler de crise multigénérationnelle car les différentes crises que nous venons d’énumérer un peu plus haut touchent plusieurs générations de la population haïtienne. En effet, depuis plus de trois décennies les Haïtiens ont assisté à une montée vertigineuse de l’instabilité économique, sociale et politique. Face à cette situation désastreuse nous pensons plus particulièrement aux personnes qui sont nées dans le début des années 80. Pendant leurs enfances, elles ont assisté à la chute des Duvalier en 1986, suivie d’une période de transition qui va nous mener à l’élection de Jean Bertrand Aristide. Ce dernier sera exilé quelques temps plus tard. Comme si cela ne suffisait pas, il y aura l’embargo imposé sur le pays. Beaucoup de parents ont dû laisser leur enfant pour aller risquer leurs vies en tentant de rentrer illégalement aux États-Unis dans l’espoir d’une vie meilleure pour eux-mêmes et pour leurs progénitures. La situation n’a pas changé pour ceux qui sont nées au début des années 2000. Il n’est en fait un secret pour personne, nous connaissons tous la situation actuelle et les problèmes dont fait face la population haïtienne. Il n’y a l’heure actuelle aucun plan pour sortir le pays de ce guêpier. Le manque de prévoyance des dirigeants fait que la situation empire de jour en jour. Haïti, “la république des ONGs” [10] Surnommé ainsi par plusieurs journaux internationaux en raison du nombre croissant d’ONG dans le pays. Elles viennent d’un peu partout à travers le monde en prétextant venir apporter leur aide à la population haïtienne. La majorité d’entre elles disent intervenir dans le domaine de l’enfance, mais, les preuves sont flagrantes, 85% des enfants en Haïti entre 1 à 14 ans ont déjà subi au moins une forme de violence. Près de 200 000 enfants sont sans famille à travers tout le pays [11]. À cet égard, point n’est besoin de se demander comment se fait-il que le taux d’insécurité accroisse aussi rapidement en Haïti. Il devient donc évident que pour répondre à leurs besoins ces enfants qui sont encore en âge d’être scolarisés sont obligés de rejoindre les gangs armés. On est bien en train de parler d’une génération entière livrée à elle-même. Quelle sera la situation dans 5 ans si rien ne change d’ici-là ? va-t-on assister à une expansion beaucoup plus considérable des groupes armes ? Nous avons déjà perdu une génération entière, celle des personnes qui sont nées à la fin du 19ème siècle de l’ère chrétien et nous sommes en train de perdre une autre. Était-ce la vision des pères fondateurs de la nation ?

Sur ces entrefaites, il convient de dire que l’insécurité en Haïti est un fait alarmant. Depuis plus de trois décennies la situation politique dans ce pays n’est pas stable. Ce dernier a un impact assez considérable sur les autres domaines de la vie en Haïti comme l’économie, la santé et autres. Cette situation qui n’a que trop durée met en insécurité la population haïtienne, ceci dit, cette insécurité est multidimensionnelle, notamment une dimension criminelle, une dimension sanitaire et une dimension alimentaire pour ne citer que ceux-là.

Cette crise est aussi multigénérationnelle car elle touche plusieurs générations d’hommes et de femmes haïtiennes. Pour illustrer nos propos, d’une part nous avons considéré la génération des personnes nées dans le début des années 80 qui n’ont jamais connu une situation politique stable dans le pays. D’autre part nous avons considéré la génération des personnes qui sont nées dans le début des années 2000. Nous avons vu s’accroître le nombre de gangs armés qui est la résultante du fait qu’aucun projet de développement n’ait été établi pour ces générations. Cette situation désastreuse ne fera qu’empirer si les responsables n’agissent pas et ceci très rapidement.

Sur ces considérations, il serait de bon ton de se demander quelles seraient les meilleures stratégies à adopter pour permettre au pays de se sortir de ce marasme dont il est victime afin de lui faire d’un pays émergeant dans les années à venir ?

Références bibliographiques

[1] Marcelin, D. (2022). Plus de 82% des Haïtiens rêvent de quitter le pays, révèle une enquête [ https://lenouvelliste.com/article/233905/plus-de-82-des-haitiens-revent-de-quitter-le-pays-revele-une-enquete ] le nouvelliste.

[2] securite, [ https://www.toupie.org/Dictionnaire/Securite.htm]

[3] Hobbes, T. (1651) Leviathan : Traité de la matière, de la forme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile, Québec Chicoutimi.

[4] Marx, C, Hegels,F (1938) Manifeste du parti communiste, paris, Bureau d’édition.

[5] Geffrard,R. (2019). Qui contrôle les 76 gangs armés répertoriés par la CNDDR sur le territoire…? [https://lenouvelliste.com/article/208474/qui-controle-les-76-gangs-armes-repertories-par-la-cnddr-sur-le-territoire] Le nouvelliste.

[6] Dieudonne, J.(2015), comment Haiti a perdu sa souverainete alimentaire, [ https://lenouvelliste.com/auteur/89/dieudonne-joachim ]

[7] Saint Pre, P. (2021), 4 millions d’Haïtiens en situation d’insécurité alimentaire aiguë entre août 2020 et février 2021. [ https://lenouvelliste.com/article/226615/4-millions-dhaitiens-en-situation-dinsecurite-alimentaire-aigue-entre-aout-2020-et-fevrier-2021 ] le nouvelliste.

[8] Groupe de la banque mondiale, (2017), Mieux dépenser pour mieux soigner : un regard sur le financement de la santé en Haïti [https://documents1.worldbank.org/curated/en/292631498246577035/pdf/116682-WP-v1-wb-Haiti-French-PUBLIC-summary.pdf ]

[9] Observation société, (2020), âge et société [https://www.observationsociete.fr/definitions/age-et-generation-2.html ]

[10] Thomas, T, (2020), Comment Haïti est devenu la « république des ONG » [ https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/09/comment-haiti-est-devenu-la-republique-des-ong_6025258_3232.html ]

[11] UNICEF (2018), [ https://www.unicef.org/haiti/protection-de-lenfant ]

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